Une grammaire visuelle


La ligne personnage 

En 1997 une vision sera à l'origine de l'oeuvre.

"J'étais allongé les yeux fermés lorsque j'ai eu la vision de deux lignes de couleurs distinctes qui avançaient en parallèle. Elles se sont entrelacées dans un mouvement fluide, puis elles ont repris leur route, chacune conservant une trace de l'autre dans sa mémoire." 
En 2003 l'artiste reviendra à cette vision et imagine les lignes comme des personnages. Il invente alors un langage pour raconter leurs histoires ; la rencontre amoureuse, le conflit, la mort... deviennent des déplacements de la ligne dans l'espace. C'est le projet Ligne de vie 3. Ses premiers essais s'inspirent du noir de Pierre Soulages et des personnages de Dostoïevski. 



Premier Self-Portrait 

Pour compléter son langage, Arthur Hent cherche une forme capable de décrire le milieu d'origine de la ligne. Il pense alors au sociologue Pierre Bourdieu. Nous avons tous un milieu d'origine qui se transmet de génération en génération. En réfléchissant à ce concept il établit que le quadrilatère serait ce milieu d'origine. "J'ai dessiné un quadrilatère et quand j'ai voulu faire sortir une ligne de ce quadrilatère, je me suis mis à dessiner plusieurs lignes. Les lignes s'imposaient à moi. A partir de là, je n'ai plus considéré les lignes seulement comme des personnages. Elles étaient aussi des pulsions, de l'énergie, de l'information. Le dessin était un portrait de moi." Les Self-Portraits venaient de naître. 


Un algorithme appliqué à l'intime 

L'arrivée du quadrilatère va changer radicalement son travail. Il ne veut plus seulement raconter des histoires mais explorer son intimité. Les règles qu'il a conçues au départ vont devenir les instructions d'un algorithme. Un programme que son corps va exécuter pour capter ses états intérieurs. 
Le programme est une succession d'instructions très simples : 
- toujours partir du centre 
- utiliser uniquement le quadrilatère, le rond et la ligne 
- tracer des lignes rectilignes 
Le quadrilatère (ou le rond) est le "corps numérique". 
L'espace de son identité et de sa mémoire.

Soit il est plein, soit il est fait de lignes.
Les lignes traversent ce corps comme des pulsions. 
L'état dans lequel l'artiste se trouve au moment d'exécuter l'algorithme va produire une oeuvre unique dans un code unique. 
Souvent des "bras" sortent du corps pour se connecter à l'extérieur. 


Hybridation Homme Machine 

En 2010, Arthur Hent découvre le transhumanisme avec le livre Transhumain, de Bruce Benderson. Ce mouvement résonne avec sa recherche et enrichit son travail. Il voit ses Self-Portraits comme les formes primitives de cette hybridation. Ces dessins font se rencontrer la rigueur mathématique et la pulsion biologique. Pour lui, cette hybridation doit s'inspirer des peuples premiers en conservant nos liens avec le vivant, avec notre passé, en recyclant ce qui existe déjà.